Sex in the city…Essai sur ce que le feminisme devrait gagner en Afrique…

Bonjour mes Unchained, il y a longtemps que je n’ai pas posé mes doigts sur un clavier pour parler actu. Comme vous le savez mon blog est aussi là pour partager mon point de vue sur les évènements qui secouent mon quotidien. Il y en a eu tellement! Et ils représentent autant de papier que je n’ai pas écrit que j’en ai même un peu honte.

Aujourd’hui je suis particulièrement touchée parce qu’il s’agit de femme…oui encore, il y a quelques semaines j’ai été invitée à me prononcer sur la thématique “quel féminisme pour l’Afrique’ mais nous n’avons pas abordé le fond de la question et je me donne par ce papier, la permission de poursuivre ma réflexion à la lumière de la dernière affaire de mœurs qui ébranle le 237, du moins la toile depuis quelques jours.

Il s’agit pour la Nième fois, d’une publication d’ébats sexuels mettant en scène une jeune dame dont l’identité a été révélée. Depuis la diffusion plusieurs personnes-nalités impliquées ont été identifiées et se sont prononcées pour se défendre et/ou s’excuser.

Au delà des personnes directement liées à l’affaire, c’est la toile237 entière qui s’est embrasée, entre soutien et invectives, je me suis arrêtée sur La voix des femmes, quelle est leur position face à ce type de situation? Ce qui m’a ramené au sujet quel féminisme pour l’Afrique, et j’en envie de dire pour le Cameroun, sans entrer dans un clivage inutile sur les courants idéologiques du féminisme. Comment en arrive t-on à ce type de situations répétées? Sur qui et sur quoi s’appuie t-on pour bâtir une société respectueuse des femmes et des valeurs morales, qui devrait en être le ou les garant.s?

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Mes définitions:

Féminisme, hypersexualisation et valeur

Comme vous le savez, je prends toujours le temps de définir de quoi nous parlons pour éviter les sorties de route plus tard.

Le féminisme est pour moi une idéologie / courant de pensées voir même orientation politique, qui a pour but de mettre en évidence la marginalisation dont sont victimes les femmes MAIS AUSSI ET SURTOUT les combats pour le rétablissement d’une certaine équité dans tous les domaines/secteurs de la société.

L’hypersexualisation de la femme est, encore une fois pour moi, la banalisation de l’exposition du corps, y compris des parties intimes du corps féminin qui a des impacts divers au niveau du développement des jeunes filles, mais qui envoie aussi le message subliminal à la société que la femme est en libre accès et procure du plaisir aisément.

Les valeurs, sont pour moi les principes moraux sur lesquels se fondent une entité (être humain, société, pays…).

Une fois mes définitions données, il est possible de se lancer dans ce papier qui promet d’être dense, tellement il y aurait à dire. Mais ma première question serait de me demander comment et pourquoi nous en sommes là?

Photo by PICHA Stock on Pexels.com

LE POURQUOI DU COMMENT?

La réponse évidente à mon premier questionnement est que nous sommes dans une crise profonde de valeurs. Nous vivons dans une société complètement clivée et les valeurs comme l’intégrité, l’honnêteté intellectuelle, le travail, le respect, l’effort, la patience, sont reléguées après l’immédiatement de la satisfaction. Au fil du temps, il s’est distillé comme un parfum de facilité qui fait que le gain de maintenant est préférable au labeur qui portera fruit demain.

La deuxième qui pourrait même être la première, est une crise de la Vision: où va t-on? Quelles sont nos ambitions, encore une fois en tant qu’individu, collectivité, pays…en tant que femmes ( camerounaises), que voulons-nous de nous, qu’allons nous laisser comme témoignage, comme héritage?

J’aime beaucoup parler des pionnières africaines, parce qu’au delà des scandales j’ose croire qu’il y en a eu avant il y en aura après, elles nous ont laissé quelque chose d’irréfutable, la possibilité d’être et de faire…la possibilité d’être là à vous parler de ce qui bat dans mon coeur, c’est parce qu’une femme un jour s’est levée et s’est dit je veux que ma fille soit libre…! Et elle s’est mise en quête de cette liberté, non pas à court terme pour elle mais pour sa fille et sa petite fille et son arrière petite fille… (fermons cette parenthèse…)

Photo by lalesh aldarwish on Pexels.com

Le point commun entre ces 2 éléments plus haut c’est l’argent…absence ou trop plein…l’argent comme maître; comme jauge, comme valeur, comme moyen… l’argent…il est érigé comme roi dans tellement de sociétés que les autres valeurs se diluent et se noient dedans. Et qui dit argent, dit pauvreté et/ou richesse pécunière mais parle t-on de la pauvreté intellectuelle voire mentale dont les riches et les pauvres sont atteints collectivement? Loin de moi l’idée d’insulter ou de paraître condescendante mais c’est une réalité… malheureusement pas le sujet du jour.

En toile de fond j’accuse le lavage de cerveaux, collectif, colonial qui a transformé des peuples entiers en “fonctionnaires” en les privant ou en bridant leurs capacités de création de valeur, car oui chacun peut créer de la valeur et faire de l’argent. Mais nous avons été construits en tant que ressources pour aider l’autre à créer sa valeur. Aujourd’hui encore le système éducatif créé des “fonctionnaires” et non des créateurs des valeurs car il est resté bloqué à cette époque coloniale. D’aucuns crieront, la colonisation a bon dos, arrêtons de se victimiser, et je dirai oui, il est possible de tenir ce discours quand nous nous sommes affranchis d’une certaine ignorance et savons, dans une certaine mesure, comment s’auto-déterminer mais c’est valable pour combien de pourcent la population?

Oui nous sommes indépendants mais restons dans des mentalités de colonisés, et nous avons construit sur une ruine. En gros, nous avons construit sur des bases faussées et l’édifice depuis notre indépendance ne fait que s’élever avec lui-même ses imperfections/malfaçons. Comment donc clairement dire ce qui coince? la base ou l’édifice, comment corriger? la base ou l’édifice…?

LA FEMME ET SON HYPERSEXUALISATION

Dans un premier temps je parlerai de la banalisation de la nudité et l’intimité féminines.

Il y a quelque temps, je suis tombée sur cette pub de nana…

La première chose qui m’est venue c’est: suggererait-on un phalus aussi aisément pour une publicité de préservatif? La réponse était évidente est NON.

Je trouve qu’il y a une facilité à montrer, exhiber le corps de femmes qui me fait penser que dans l’inconscient collectif, cela laisse à penser qu’il est donc facilement accessible.

De l’autre côté, il s’agit de l’imagerie hypersexuée de la femme: les femmes dans des postures lancinantes ou équivoques, à moitié nues ou toutes nues, qui sont diffusées à longueur de journée: les clips vidéos, les films, insinuent que le corps de la femme est un objet de plaisir.

Je sais que c’est dur de dire cela, mais ce sont des faits. Je suis moi-même toujours très partagée sur ce sujet. Car il s’agit aussi de liberté des femmes à disposer de leur corps comme elles l’entendent…

Cette hypersexualisation n’est pas l’apanage des pays occidentaux, dits développés. Toutes les régions du monde sont concernées.

Nous nous retrouvons donc dans des contextes sociaux où la femme est vulnérabilisée et est la proie d’individus dont les dérives personnelles et intrinsèques (qui s’expliquent certainement psychologiquement) ont été nourries depuis des années par ce système autour de l’argent et du pouvoir qui vient avec.

Si je devais rajouter des éléments socio-culturels propres à l’Afrique, je dirai:

  • la soumission religieuse fourvoyée pour avilir la femme
  • le mariage comme saint graal pour se faire valoir en société
    • les mariages forcés
  • la violence sous toutes les formes, comme moyen de contrôle sur les femmes
  • le manque d’éducation
  • naïveté / jeunesse (je me souviens nous avions parlé de RKelly à l’époque de son exposition, et je disais mais au final même moi à 17-18 ans, si ce Mr m’avait approchée je serai allée sans me poser de question car il était une star absolue.)

La liste peut se rallonger à l’infini mais il va inévitablement, se poser la question du comment sortir de ce cercle vicieux?

LES FEMMES DANS TOUT CECI, FEMINISME, SORORITE?

Photo by Ebuka Onyewuchi on Pexels.com

Si un autre constat m’est permis ce serait celui-ci: lorsqu’il y a un scandale lié aux mœurs, entendons liés au sexe, que la fille/femme victime soit aisée ou pas, de bonne famille ou pas, les premières à lui tirer dessus ce sont les femmes!

J’insiste sur le mot victime car il s’agit de l’exposition de ces femmes là. La notion de consentement est mise en avant en oubliant que lorsque le rapport sexuel est consenti, sa diffusion ne suit pas forcément le même accord. Et beaucoup utilisent ces moyens pour humilier les concernées.

Il y a 10 ans, j’ai aussi été de celles qui “jugent” bien ou mauvais. Avec le temps, la maturité et les affaires qui s’enchainaient et se ressemblaient. J’ai réalisé la position de vulnérabilité qui pouvait être celle d’une femme (exemple de RKelly plus haut) dans une société qui ne lui donne pas beaucoup d’alternatives. J’ai compris qu’un choix, peut ne pas en être un au sens pur du terme. J’ai observé les réactions des femmes, et je me suis dit non, il faut que nous prenions le problème autrement.

Le problème n’est pas tant comment, pourquoi une femme fait ce qu’elle fait (j’ai fait une ébauche de réponse plus haut) mais que faisons nous, femmes, pour nous-mêmes? Pourquoi des hommes adultes ont-ils ce genre de comportements vis à vis des femmes? Ce n’est pas qu’une question “africaine” car les mêmes dérives arrivent sous d’autres cieux!

Quel féminisme pour l’Afrique au final?

Je n’aurai certainement pas la réponse parfaite mais deux points me semblent essentiels dans ce débat.

1- La première chose que le féminisme en Afrique doit gagner c’est:

  • La sororité.

Tant que nous ne sommes pas unies, tant que nous ne parlons pas d’une seule et même unique voix, certaines choses vont perdurer.

Il faut ce poids pour faire pencher la balance en notre faveur.

Il faut pouvoir dire: “Cà suffit!” au lieu de perpétuer des injustices, parce que c’est comme cela depuis.

Il faut pouvoir prendre fait et cause pour une femme, même si nous ne la connaissons pas.

Nous ne sommes pas en concurrence, ni des ennemies!

Il faut pouvoir s’exprimer sur ce que nous pensons.

2- La deuxième des choses à gagner c’est :

  • Intégrer les instances politiques/législatives et juridiques

Aujourd’hui les combats ont beaucoup avancé mais il manque encore beaucoup trop de femmes dans les instances politiques/législatives décisionnelles pour pousser les lois et leurs applications. Je suis intimement convaincue que quelque soit le cas, les hommes ne sauront jamais combattre pour les femmes avec la même ténacité que ces dernières.

En tant que politiciennes, avocates, députées. Il faut pousser à ce que le système intègre des femmes. Vous me direz nous ne pouvons pas être juges et parties et je vous répondrai que les hommes le sont bien c’est pour cela que certaines choses ne bougeront pas car elles leur conviennent.

Attention, il ne s’agit pas d’un discours anti-homme, il s’agit de dire que dans certains cas, ceux qui défendent le mieux une cause sont ceux qui sont concernés par la cause.

Ce troisième point n’était pas prévu, mais il m’est venu est écrivant, c’est:

  • Normaliser la prise de parole

Pendant longtemps je me disais, si tu ne peux rien faire de concret, tais toi. Mais la réalité est que chacune de nous a sa partition à jouer. Il y a celles qui peuvent, et sont dans le réel/concret, et celles qui choisissent un autre moyen, par la plume, la parole, l’éducation des enfants. Il faut se parler, il faut parler, il faut dénoncer. Il faut dire je veux voir quelque chose de différent.

Je sais que ce papier est long mais, il se veut vraiment comme un bout de moi au regard de ce que les femmes vivent au Cameroun, en Afrique et de par le monde.

Je compte sur nous pour compléter cette liste de que peut-on faire pour aller mieux et loin ensemble. Comme vous le savez, j’écris sans me retourner, donc désolée pour les fautes n’hésitez pas à les signaler.

It was Lydia Unchained about feminism in Africa/Cameroon.

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